Interview de Christophe Pélissier : "On paie notre inexpérience de la Ligue 1"

#INTERVIEW - Entraineur du FC Lorient, Christophe Pélissier m'a accordé quelques minutes cette semaine pour évoquer la saison des Merlus et la période compliquée que le club traverse avec de nombreux cas positifs au coronavirus.


Comment allez-vous et comment va votre équipe en cette période compliquée ?


Pour le moment, j’ai la chance de passer entre les gouttes. Sur le plan de l’équipe, c’est compliqué car on a eu 21 cas positifs dont 13 joueurs professionnels en l’espace de quelques jours. Ce matin (l’interview a été réalisée mercredi, ndr), je n’avais que huit joueurs sur le terrain. On dit que le rôle de l’entraineur est de s’adapter et c’est malheureusement le cas en ce moment. C’est difficile car on nous demande de faire des efforts, mais les joueurs qui reviennent du covid sont très fatigués.


Votre rencontre contre Nîmes est reportée. Qu’est-ce que cela a changé dans votre semaine ?


On se préparait à le jouer et, pas plus tard que ce matin, j’ai fait monter huit joueurs du centre de formation qui n’ont pas joué depuis deux mois à cause de l’arrêt des championnats amateurs. Je leur ai dit qu’il faut savoir profiter de ces moments extraordinaires et que c’est l’occasion de saisir leur chance. C’est reculer pour mieux sauter puisque le match contre Dijon devrait se jouer mercredi. D’ailleurs, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse nous mettre un match 72h plus tard en sachant qu’on a autant de joueurs touchés et qu’ils ne sont pas aptes…


Selon le CIES, Lorient fait partie des quatre équipes (avec Dijon, Nîmes et Paris) qui utilisent le plus de joueurs cette saison. Comment l’expliquez-vous ?


Il y a plusieurs causes. La première, c’est qu’on a eu des blessés et des joueurs qui sont arrivés tardivement dans notre préparation. La deuxième, c’est le fait d’avoir un groupe homogène avec beaucoup de jeunes joueurs qui ne connaissaient pas la Ligue 1. Il a fallu que chacun appréhende cela. Les résultats n’étant pas là, des rotations ont été effectuées. C’est le cas pour Paris pour des raisons différentes, mais les équipes que tu cites sont dans le bas du classement. C’est rare qu’un coach change son équipe lorsqu’elle performe. Ce n’est pas anodin de voir que ce sont les trois équipes qui ont le moins performé qui ont utilisé le plus de joueurs sur cette première partie de saison. Chaque coach essaie de dégager une équipe-type et la situation actuelle me met un peu en colère car une équipe commençait à se dégager. Je crois qu’on est aussi l’équipe qui « performe le moins » par rapport aux occasions créées ou concédées. Cela montre qu’on fait preuve d’une inefficacité et d'une maladresse assez incroyables dans les deux surfaces qu’on peut aussi expliquer par la malchance puisqu'on a souvent frappé les poteaux. Par rapport au jeu qu’on produit et aux occasions qu’on se crée, on devrait avoir neuf à dix points de plus. On lit souvent les performances d’une équipe à travers ses résultats mais il faut faire un parallèle avec ce qui est produit. Sur nos derniers matchs, on n’est pas récompensés.


J’ai vu des bons matchs de Lorient contre Strasbourg, Reims ou Lyon. Vous appuyez-vous sur ces matchs pour avancer ?


On s’appuie sur les matchs qu’on gagne mais on regarde aussi nos défaites. Arsène Wenger disait que la victoire permet d’avoir du temps pour travailler et la défaite remet tout en question. Dans notre position, je pense qu’il faut être positif et regarder ce qu’on fait de bien. On regarde les matchs contre Strasbourg, Reims ou Lyon. On peut aussi parler du match nul à Nice (2-2) où on domine le match dans la possession et le nombre d'occasions, voire du match contre Monaco (2-5) au cours duquel on revient au score à dix contre onze. On paie notre inexpérience de la Ligue 1, on cède souvent dans les moments clés. Mais un sportif ou un entraineur de haut niveau doit avoir une qualité : l’endurance mentale. Quand c’est dur comme actuellement, il faut montrer à tout le monde qu’on est prêts à se battre.

Vous parlez d’inexpérience et c’est vrai que Lorient a l’allure du relégable qui propose des choses mais pêche dans le dernier geste. Comment changer ce visage de votre équipe ?


C’est surtout dans notre approche défensive et dans l’agressivité qu’il nous manque dans la zone de finition. J’ai eu la chance de maintenir Amiens la première année en finissant 4e défense de Ligue 1. Quand on est entraineur, on veut toujours que son équipe joue bien mais le haut niveau vous rattrape vite. Dans tous les sports, que ce soit dans le football, le rugby ou le handball, les meilleures équipes sont celles qui prennent le moins de buts. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut faire que défendre. On peut très bien défendre parce qu’on garde bien le ballon et que l’adversaire n’a pas la possibilité d’attaquer. Quand je dis qu’il faut bien défendre, il ne faut pas que ce soit réducteur. Je ne suis pas dans l’optique de mettre onze joueurs devant le but, même si on est parfois obligés de s’adapter quand le rapport de force est déséquilibré comme c'était le cas contre Lyon. Il faut montrer au groupe qu’on croit en lui en mettant en avant ce qu’on fait de bien sans oublier de montrer les secteurs dans lesquels on doit absolument s’améliorer. La priorité est de gagner en essayant de proposer un football attractif car je reste persuadé que produire un football attractif sur la durée permet d’avoir des résultats. Mais il faut parfois savoir défendre en équipe et je trouve qu’on a plusieurs paliers à franchir dans ce domaine.


Vous avez utilisé un système à cinq défenseurs plusieurs fois. C’est un système qu'utilise par exemple l’autre promu, le RC Lens qui réussit une belle saison. Cela peut-il vous inspirer ?


Quand j’ai commencé ma carrière à Luzenac, je jouais en 3-5-2 et on avait mis plus de 55 buts donc je suis persuadé que c’est un système offensif. C’est un système que j’apprécie beaucoup mais je ne dis pas que j’ai envie de jouer dans tel ou tel système. Il faut faire en sorte que les joueurs se retrouvent le mieux possible dans le système qu’on met en place. Ce qui m’importe, ce sont les principes de jeu. On peut jouer en 4-4-2, en 4-2-3-1 ou en 4-3-3 mais le but du jeu est que l’équipe soit capable d’évoluer dans plusieurs systèmes au sein-même d’un match. Par exemple, quand on est à quatre et qu’il y a deux attaquants en face, on ressort le ballon à trois donc est en 3-5-2 dans l’évolution offensive. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients. J’apprécie le système à cinq mais il faut avoir les joueurs pour le faire, notamment des pistons qui sont bons dans ce genre de système ou des défenseurs qui sont bons en un-contre-un. C'est un système qui a ses spécificités. Mais je préfère parler d’animation parce que la réussite de mon équipe doit être de répondre tous ensemble de la même façon, que ce soit offensivement ou défensivement.


Vous avez été un peu "déçu" du début de saison d’Adrian Grbic. Qu’attendez-vous de lui et que répondez-vous aux rumeurs de départ à son sujet ?


Je ne suis pas déçu de sa première partie de saison. Adrian doit être déçu de ne pas avoir eu plus de temps de jeu et de ne pas avoir pu être aussi efficace qu’il le souhaitait. Il faut remettre les choses dans leur contexte. « Adri » arrive en Ligue 1 où il est difficile de s’imposer pour un attaquant, dans un nouveau club avec une nouvelle façon de jouer. Quand on est dans une équipe qui domine et qu’on arrive en Ligue 1 avec une domination moins importante et des récupérations de ballon qui se font moins hautes, les choses sont différentes. Il a eu des difficultés à appréhender ça. Il a eu du mal entre septembre et octobre, c’est normal. On a bien discuté depuis et je suis très content de son implication. C’est un joueur sur lequel je compte pour la deuxième partie de saison. Cela met fin à toutes les rumeurs.


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