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Interview de Jean-Michel Rouet

#Interview - Ancien journaliste au journal L'Equipe, Jean-Michel Rouet a décidé de ne pas quitter le monde du football au moment de prendre sa retraite. Habitant de l'Oise, il s'implique depuis maintenant cinq ans dans la gestion du club promu cette saison en Ligue 2. Présentation du club et de ses objectifs avec l'un de ses hommes forts.


Pouvez-vous revenir sur votre rôle au sein du FC Chambly ?


Je suis d'abord chargé de la communication. Je suis aussi actionnaire du club et je fais partie d'un directoire à cinq personnes du club.


En quoi votre expérience de journaliste vous est-elle utile dans ces fonctions ?


Le carnet d'adresse peut servir à avoir des informations, à nouer des contacts et je pense que cela a pu être important dans certains dossiers. Cela a pu aussi m'éviter de tomber dans certains pièges car quand on est un petit club comme le notre qui monte en Ligue 2, les agents pensent que l'on peut nous vendre n'importe qui à n'importe quel prix. Un de mes rôles dans le recrutement a donc été d'établir des profils précis et d'éviter de tomber dans ces pièges là.


Vous avez recruté neuf joueurs mais peu de joueurs ayant une grande expérience professionnelle. Pensez-vous l'équipe capable de se maintenir sans cette expérience ?


J'ai tendance à penser que oui. On ne va pas se cacher de la difficulté du championnat, la barre est placée très haut. Effectivement, on n'a pas pris de joueur référencé en Ligue 2. Le seul joueur qu'on a pris qui évoluait en Ligue 2 c'est Maxence Derrien. Il évoluait au Red Star qui est descendu mais on le connaissait bien car le Red Star jouait à Beauvais et on a pu le voir jouer assez régulièrement. On ne peut pas se permettre de prendre des joueurs qui pourraient intéresser Lens, Lorient ou Troyes mais on n'est pas les seuls car Rodez est dans cette problématique et d'autres clubs installés en Ligue 2 ne font pas de folie non plus. Il faut essayer de trouver le meilleur rapport qualité/prix. On l'a fait en National et même si c'est encore plus dur en Ligue 2, je pense qu'on aura les armes pour jouer le maintien. Pour le moment, on a six points, ce qui est déjà bien. On dit qu'il en faut 41, ce qui veut dire qu'il en reste 35 à prendre en 36 matchs. On est à trois points de moyenne sur les deux premiers matchs, il faut qu'on tourne maintenant à 1 de moyenne sur les 36 derniers (rire). Ce ne sera pas facile car on aura des matchs très difficile contre des grosses cylindrées mais je pense qu'on a nos raisons d'y croire.


A Arras lors de Lens-Chambly, août 2017

Vous avez parlé de trouver le meilleur ratio qualité/prix, comment être efficace selon vous sur le marché des transferts ?


Je vais citer un exemple. On a perdu notre meilleur buteur, Joris Correa, qu'on avait d'ailleurs largement contribué à révéler puisqu'on l'a trouvé en National 2 à Sainte-Geneviève. Il a fait un an chez nous et a marqué 13 buts en championnat. Il a été recruté par un club qui a plus de moyens que nous, en l'occurrence l'US Orléans. Pour le remplacer on a trouvé Florian David, qui n'a marqué qu'un seul but de moins que Joris la saison dernière avec le champion Rodez, et qui pour l'instant nous a provoqué en deux matchs un penalty et marqué le but vainqueur à Orléans, où Joris Correa est pour l'instant remplaçant. Je ne dis pas que c'est une tendance qui va se confirmer toute la saison mais c'est un peu le symbole de ce que l'on veut faire.


Vous attendiez-vous à perdre Joris Correa et aviez-vous travaillé sur un remplaçant ?

Il avait un contrat d'un an donc quand on termine 3ème meilleur buteur on sait très bien qu'on va attirer des Ligue 2. On s'y attendait, on s'y était préparés et les choses se sont d'ailleurs très bien passées avec lui. Il fallait passer à autre chose car c'est la loi des clubs comme le notre de devoir se renouveler.


Depuis le début de saison vous avez battu Valenciennes, une équipe expérimentée, et Orléans qui travaille bien depuis plusieurs saisons. Cela prouve que Chambly a le niveau pour se maintenir ?


C'est un peu court. On ne va pas tirer des conclusions au bout de deux matchs. C'est un peu court pour dire qu'on a le niveau. Cela prouve qu'on peut jouer contre certains équipes de Ligue 2. En plus, pour être franc, on a fait des biens meilleurs matchs la saison dernière en National que lors des deux premiers de Ligue 2. Je pense qu'on a une assez grosse marge de progression. Mais quand je vois jouer Lorient, Lens devant 30 000 personnes à Bollaert, Troyes... on sait très bien qu'on n'a pas encore attaqué l'école de première catégorie. Donc cela prouve que l'on s'est adaptés assez vite, c'est sûr. Après, on a joué deux matchs et il en reste 36 donc c'est énorme. On va bien se garder de tirer des conclusions assez rapides.


C'est le début de saison parfait ?


Pour nous c'était important de bien commencer contre Valenciennes parce qu'on jouait à domicile. Contre Orléans on partait un peu plus dans l'inconnu mais on a fait un match très solide à défaut d'être brillants. L'objectif, c'est de prendre le plus de points possibles dans les dix premiers matchs pour ne pas se mettre de pression trop rapidement. Je vois par exemple Le Mans, qui pour moi va avoir une très belle équipe mais qui a eu un calendrier très difficile (Lens, Auxerre). De plus, ils ont eu une préparation écourtée parce qu'ils sont montés par les barrages à savoir plus d'un mois après nous par exemple. Je me fais pas trop de souci pour eux mais ils ont zéro point donc un poil de pression quand même. Nous, avec 6 points, on peut jouer les matchs un peu plus libérés.


Vous avez parlé de 41 points, votre président en a évoqués 40 il y a quelques jours. Vous êtes-vous fixés des temps de passage ?


Honnêtement, non. La bonne vieille expression disant qu'on prend les matchs les uns après les autres prend tout son sens. On ne s'est absolument pas fixé de temps de passage. On découvre ! On joue un peu des matchs de Coupe. Ce qu'on voulait, c'était être prêt le premier jour. On a fait une campagne de préparation très moyenne avec 1 victoire en 6 matchs sans rencontrer de club de Ligue 2. Le coach a travaillé pour que l'équipe soit prête le premier jour et elle l'a été. On a déjà six points mais on ne va pas se cacher que la route est encore très longue, tout en sachant qu'il n'y a aucun match facile en Ligue 2.


Vous évoquez des matchs de Coupe. Vu le manque d'expérience de votre coach et de l'équipe, ne craignez-vous pas les matchs à Lens, Lorient ou Guingamp ?


Pour le coup, quand le coach est monté de division de district à division d'honneur, les gens disaient qu'il n'avait pas l'expérience pour entraîner en DH. C'est vrai que l'on va découvrir des ambiances et des atmosphères que l'on ne connaît pas mais avec beaucoup d'envie. Jouer à Bollaert-Delelis est une expérience fantastique pour un joueur de foot. Bien que Lens ait une meilleure équipe, ils n'avaient pas gagné tous leurs matchs à domicile la saison dernière et ont perdu des matchs contre des équipes moins bonnes. On risque de manquer un peu d'expérience, par contre on a une équipe qui ne sera jamais battu en terme de solidarité, de combativité ou d'esprit de sacrifice. On a un vrai groupe qui a envie de se faire mal pour aller chercher les points. On perdra peut-être sévèrement quelques matchs, c'est possible et on s'y prépare. Mais cette Ligue 2 est presque une petite Ligue 1 puisque beaucoup de clubs ont connu la Ligue 1 alors on est parfaitement conscients du niveau qui nous attend mais cela ne nous fait pas peur pour autant.


Ces dernière saisons les promus réussissent généralement bien en Ligue 2, il y a par exemple votre voisin Amiens. Vous êtes-vous inspirés de ces clubs en terme de recrutement ou de préparation ?


Non car on n'a pas les mêmes moyens qu'avait Amiens lorsqu'ils sont montés en Ligue 2. Déjà Amiens avait le gros avantage de jouer dans son stade alors que nous, nous avons le handicap de ne pas jouer à Chambly. C'est un handicap relatif car on a fait 3 200 personnes, ce qui représente trois fois la moyenne qu'on avait à Chambly l'année dernière. On mobilise tout le département qui sera derrière nous. On va jouer quinze matchs à Beauvais et quatre à Charléty, dans tous les cas on ne sera pas chez nous. Amiens était dans une dynamique, avec une équipe peut-être un peu plus expérimentée que la notre donc on n'a pas la prétention de vouloir imiter Amiens. Très franchement, on a dit dès le début qu'on signait pour la 17e place et on a beau être leader ex-æquo, on continue de le penser.


A Arras lors de Lens-Chambly, août 2017

En regardant le trajet à faire, les infrastructures qui ne sont pas connues des joueurs, jouer à Beauvais peut-il être un énorme point faible ?


Non, je pense que cela sera un énorme point fort. Il y avait 3 200 personnes pour le premier match un 26 juillet et on est plus de 500 abonnés donc même en plein hiver pour une plus petite affiche, on fera déjà plus de monde que la saison dernière. Je peux vous assurer qu'il y avait une superbe ambiance contre Valenciennes. Les gens sont restés pour acclamer les joueurs au coup de sifflet final donc on s'est sentis chez nous. Puis c'est un stade que l'on connaît un peu puisqu'on y a joué cinq matchs de Coupe de France et on y a souvent fait des gros matchs. C'est ici qu'on a perdu 4-5 contre le Monaco champion de France et demi-finaliste de la Ligue des Champions, ici qu'on a éliminé Strasbourg l'année dernière... C'est un stade pas si inconnu et la distance n'est que d'une demi-heure donc ce n'est pas le bout du monde non plus. Il y a des spectateurs qui mettent plus d'une demi-heure pour aller à Lens par exemple. Pour faire 28 000, le club mobilise toute une région donc on mobilisera à notre échelle toute une région également. Je pense que c'est plutôt un avantage. Le désavantage peuvent être les matchs à Charléty car c'est vrai qu'en plein hiver, ce sera difficile de faire venir plus de 1 000 personnes. A Chambly, on avait nos repères, les visages étaient familiers alors qu'à Beauvais, je suis persuadé que sur les 3 200, les trois quarts n'étaient jamais venus nous voir à Chambly.


Le club est capable d'attirer de nouveaux supporters ?


Voilà. Il y a 16 ans que l'Oise n'avait pas eu de club en Ligue 2. C'était Beauvais, qui était descendu en 2003. Dans l'Oise, il n'y avait pas de football de haut niveau, pas de basket ni de volley de haut niveau. Il y a un peu de rugby avec Beauvais mais en Fédérale 2 donc pas du très haut niveau. C'est un département qui n'a pas de club de haut niveau. On a donc un très gros coup à jouer car les gens vont nous pousser et ils savent qu'on est le petit poucet donc ils n'attendent pas qu'on tape tout le monde. Ce sera un avantage.


Les clubs au budget de Chambly, qui ont aussi souvent les plus petits stades de Ligue 2 ont généralement du mal à perdurer dans ce championnat. Que faire pour faire de Chambly un club qui dure ?


Lors de la première journée de championnat, avec nos 3 200 personnes, on a fait quand même la 6e affluence de Ligue 2. On a fait mieux que Clermont, qui est co-leader avec nous, qu'Ajaccio ou Niort qui sont des clubs installés en Ligue 2 depuis très longtemps. Concernant le budget qui est de 6,5 millions, je pense que si nous nous maintenons il augmentera de manière assez significative pour permettre de se maintenir à ce niveau-là.


Chambly aura son nouveau stade en 2020. Serait-un un grand échec de l'inaugurer en National 1 ?


Ah oui, forcément. Un grand échec non, mais un échec bien-sûr. Aucune équipe senior de Chambly n'est jamais descendue mais pour répondre à la question, ce ne serait pas un drame si l'on devait inaugurer le stade en National mais plutôt une grande déception. On aurait aimé l'avoir avant, mais le stade est effectivement fait et programmé pour la Ligue 2.


Le club ne cesse de progresser de saison en saison. Sur cette lancée de montées, l'objectif est-il maintenant d'aller en Ligue 1 ?


Le président ne s'en est jamais caché et c'est son objectif oui. Il faut avoir bien conscience ce que représente cet objectif. Personnellement, je suis au club depuis cinq ans mais je suis de l'Oise donc j'allais voir jouer Chambly en étant encore journaliste et je voyais bien les défis que se lançait Chambly. Par exemple, quand le club était en première division de district et que le président disait qu'il jouerait en division d'honneur, tout le monde rigolait. C'était la même chose quand il disait qu'il jouerait en National. Aujourd'hui il est en Ligue 2 et le défi de la Ligue 1 est immense. Il y a deux points de référence qui sont Auxerre et Guingamp. La ville d'Auxerre est plus grande avec 40 000 habitants, mais je pense que si on compte tout le bassin autour de Chambly, on peut attirer du monde aussi. Guingamp, c'est un club que Noël Le Graët a installé de manière durable dans le monde professionnel avec un stade magnifique. C'est une inspiration, on se dit "si on travaille, pourquoi pas nous ?". Il faudra beaucoup travailler, mais si on en est là c'est que l'on a déjà beaucoup travaillé avant.


Chambly a la particularité d'être un club familial (Bruno Luzi est entraîneur, Fulvio Luzi est président). Ce lien peut-il avoir des inconvénients lorsque les résultats seront moins bons par exemple ?


C'est compliqué de répondre à cette question. La saison dernière, on était assez ambitieux, on comptait jouer les premiers rôles puisque l'année d'avant on avait terminé quatrième au goal average à égalité avec le Paris FC troisième et on comptait s'inscrire sur cette lancée. Résultat des courses, on a fait quatre défaites de suite sans marquer de but dont trois à domicile. A ce moment-là, le coach avait proposé sa démission qui lui a été refusée car on a décidé de continuer tous ensemble et je pense que l'on a bien fait.


A Arras lors de Lens-Chambly, août 2017

Je remercie Jean-Michel Rouet pour sa disponibilité et le temps qu'il m'a accordé.



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