Interview de Ludovic Gamboa

#INTERVIEW - Passé par Le Havre, Angers, Reims ou Laval, Ludovic Gamboa a disputé 170 matchs de Ligue 2. Fort de cette expérience, il évolue depuis un an à Dunkerque, leader de National 1 après 18 journées. A 33 ans, le joueur formé à Niort revient sur sa carrière et évoque la possible montée de l'USLD en Ligue 2 en fin de saison.


Comment t'es venue la passion du football ?


A vrai dire, je ne saurais même pas dire à quand remontent mes premiers souvenirs. Je suis tombé dedans dès le plus jeune âge puisqu'on m'avait même fait une fausse licence à l'époque pour jouer avant l'âge légal aux Portugais de Fontainebleau, que mes oncles ont créé. Ca a toujours été ce que je voulais faire. Je me revois tout jeune dire que je voulais être footballeur donc c'est une passion que j'ai depuis tout petit.


Dunkerque fait une très bonne saison et pointe à la première place. Parlez-vous de la montée dans le vestiaire ?


Non, pas pour l'instant. Ou alors c'est vraiment à la rigolade parce qu'on n'est pas une équipe qui a été construite ou programmée pour ça. Même si il y a un peu d'insouciance due à la jeunesse du groupe, on n'a pas la mémoire courte et on se souvient que la saison dernière a été très compliquée puisqu'on s'était sauvés à deux journées de la fin. Il faut garder les pieds sur terre. On a la chance d'être premiers, d'avoir fait une bonne partie de saison surtout avec cinq victoires sur les cinq premiers matchs, ce qui nous a permis de surfer ensuite sur cette dynamique. Ensuite, on a su être réguliers même si on a lâché des points à droite ou à gauche. On a redémarré par une victoire mais on a conscience que la deuxième partie de saison sera longue quand même.


Sens-tu qu'une atmosphère est en train de se créer autour de vous, avec les supporters ou les dirigeants ?


Ce qui est sûr, c'est qu'on sent que tout le monde veut aller dans le même sens que ce soient les joueurs ou la direction qui est derrière nous. Pour avoir fait d'autres clubs, quand tout se passe bien, forcément les voyants sont au vert et on a aussi plus de supporters dans ces moments-là. Tant mieux pour nous car on est un club qui continue de grandir avec les perspectives du stade qui permettront aussi au club d'avancer. Après, l'objectif principal du club est de se maintenir car il en a besoin pour sa survie. Les exemples de Rodez et Chambly qui n'étaient pas non plus programmés pour monter peuvent être intéressants pour nous mais comme je l'ai dit, on est au mois de janvier alors on en n'est pas là.


Cette saison, tu joues peu (9 matchs de National 1 dont 4 comme titulaire, ndlr). Comment vis-tu la situation ?


C'est un peu compliqué parce que j'ai fait une très bonne préparation. Physiquement, je suis dans le premier groupe de travail de l'effectif donc je suis bien. J'ai bien commencé la saison mais j'ai eu un petit pépin et comme l'équipe tournait bien j'ai un peu moins joué. De fil en aiguille, j'ai un peu perdu ma place et c'est frustrant parce que la saison dernière j'ai participé à énormément de matchs. Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas forcément mais je reste entièrement concerné par le projet du club et de l'équipe. Je prends ce que je peux prendre et je sais que j'aurais du temps de jeu à un moment, c'est une question de patience.

Crédit photo : USL Dunkerque

La bonne saison de l'équipe te permet-elle de relativiser sur ta situation ?


C'est sûr que j'ai 34 ans, j'ai de l'expérience donc c'est une situation que je vis différemment que si je l'avais vécue à 25 ou 26 ans. C'est une situation que je vis différemment que si on était dans les quatre derniers. Bien-sûr que ça joue aussi. Je ne me dis pas quand même que ce n'est pas grave quand je ne joue pas le weekend. Je suis un compétiteur, j'ai envie de jouer, d'apporter et d'être à la disposition du groupe tout le temps. Mais disons que quelque part, ça m'aide aussi à le digérer et à rester actif et motivé.


Tu as joué 170 matchs de Ligue 2 alors que peux-tu apporter à un jeu effectif comme celui de l'USLD ?


Le fait d'avoir joué dans plusieurs clubs me permet de pouvoir apporter de la maturité, un certain parler dans le vestiaire quand il y a besoin. Et après j'ai mes qualités à moi en tant que footballeur : une grosse activité, ma présence dans la zone offensive, une qualité de centre... Le but c'est d'essayer de faire marquer les copains.


Même si tu avais déjà joué en National dans ta carrière, dans quel état d'esprit est-on lorsqu'on redescend de Ligue 2 ?


Quand je suis parti du Havre, ça a été une période très difficile et je ne m'en cache pas. J'ai connu six mois de chômage, non pas parce que j'ai été trop difficile mais parce que je n'ai eu aucune offre de Ligue 2. Sans sous-estimer le marché, je sortais de 7 ans de Ligue 2 dont Le Havre et Angers qui étaient des grosses cylindrées, alors pour être honnête j'étais persuadé de retrouver une Ligue 2. J'ai refusé plusieurs clubs de National et après six mois sans jouer, tout ce que je voulais c'était retrouver les terrains. A Créteil, ça s'est mal passé sur le plan collectif puisqu'on est descendus. J'ai eu beaucoup de temps de jeu mais j'aurais aimé que ça se passe mieux collectivement. Ensuite, j'ai rejoint Dunkerque, un navire qui était en difficulté et qu'il fallait absolument maintenir. Cette fois j'ai pu concorder les deux, c'est-à-dire jouer et de réussir une mission collective en se maintenant. Aujourd'hui, la Ligue 2 est derrière moi et je me considère comme un joueur de National.C'est un championnat que je redécouvre car il a beaucoup évolué depuis mon passage avec le Stade de Reims.


Cette saison, tu as retrouvé Le Havre en Coupe de France (victoire de Dunkerque 1-2). Comment as-tu vécu ce moment particulier pour toi ?


Le fait de jouer dans plusieurs clubs fait ça m'était déjà arrivé plusieurs fois de retrouver des anciens clubs (rire). C'est souvent la première fois qui est particulière et pour le coup, c'était mon premier retour au Havre. J'ai eu la chance de jouer tous les matchs de Coupe de France, le coach m'a même donné le brassard. Aller au Havre, faire un bon match individuellement et collectivement et les sortir, c'était forcément une satisfaction. Je ne l'ai pas pris comme une revanche parce qu'il y a un peu de temps qui est passé. C'était juste appréciable pour l'équipe et pour moi de sortir une grosse équipe de Ligue 2.


Quels souvenirs gardes-tu du Havre ?


C'est un club qui m'avait toujours fait envie. Avant d'y signer, je m'étais toujours trouvé performant contre ce club et quand l'occasion s'est présentée, je l'ai rejoint en courant parce que c'est un club avec lequel j'avais un très bon feeling. J'ai eu la malchance de signer là-bas quand le club a connu une grosse zone de turbulence : il y a eu l'affaire Maillol, les changements de coachs et de présidents... Malheureusement, à chaque fois qu'il y a eu des changements, je faisais partie de ceux qui subissaient, je repartais de derrière dans la hiérarchie et j'ai dû refaire mes preuves. Malgré tout, j'ai passé trois ans dans un très bon vestiaire, avec un groupe qui vivait bien et je garde de très bons souvenirs par rapport à ça. Je regrette quand même d'avoir été le sparring partner d'Alex Bonnet que j'avais connu à Niort et avec qui on ne m'a jamais réellement associé. Ce n'est pas le projet qu'on m'avait vendu quand j'avais signé au club à l'époque donc c'est dommage et regrettable.

Crédit photo : USL Dunkerque

As-tu d'autres regrets ? Tu dis notamment ne pas être arrivé forcément au bon moment.


Personne ne peut le savoir. J'ai quitté Angers pour Le Havre sans hésiter car pour moi, tous les feux étaient au vert. L'affaire Maillol qui est arrivée trois mois après ma signature était impossible à prévoir. Il y a plein de choses qu'on peut anticiper puis regretter mais quand ce sont des choses qu'on ne contrôle pas du tout et surtout quand ça dépasse le terrain, j'ai moins de regrets. Je regrette d'avoir raté des matchs par moment parce que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Mais sur tous les paramètres que je ne maîtrise pas, je ne peux pas avoir de regret sinon on ne s'en sort pas.


En 2016, vous manquez avec la montée en Ligue 1 pour un seul but. Est-ce ton pire souvenir ?


C'est paradoxal mais c'est le meilleur et le pire souvenir que j'ai depuis que je suis professionnel. J'ai connu deux montées de National en Ligue 2 mais je n'ai pas le souvenir d'avoir eu autant l'ascenseur émotionnel et de vivre les choses à cette échelle-là. Cela a été un scénario tragique à la fin mais c'était tellement impossible à réaliser et on a tellement touché le truc du bout des doigts que c'était quelque chose de particulier. Après quelques années, j'ai toujours la même émotion quand j'en parle. C'est pour ces moments-là qu'on joue au football.


Quand on est passé si près d'une telle performance, est-ce qu'on y pense souvent en se disant qu'on est passé tout proche d'avoir une carrière totalement différente ?


Indirectement, on y pense parfois. Surtout quand on prend de l'âge, qu'on fait le point sur sa carrière et qu'on raconte son histoire. J'ai connu ça deux ou trois fois. Je n'ai pas voulu prolonger avec le Stade de Reims quand j'étais en fin de contrat et le club est monté la saison suivante. Comme j'ai dit, il y a des choses qu'on maîtrise et d'autres non. C'est sûr que dans ma carrière, ça m'est arrivé plusieurs fois de tutoyer mon rêve en connaissant une montée ou en me retrouvant dans un effectif de Ligue 1. Si on était montés avec Le Havre, j'avais mon contrat qui était défini en cas de montée donc ça aurait, à mon échelle, changé ma vie. Mais il faut prendre du recul car les choses sont ce qu'elles sont et il ne faut pas mal le vivre.


On a parlé de la montée ratée en 2016 mais sur l'ensemble de ta carrière, quel est ton pire souvenir ?


(il réfléchit). Sur toute ma carrière, c'est difficile. Le pire souvenir, parce que ça a été sur du long terme, c'est ma fin au Havre. La reprise de l'équipe par Tanchot était pour moi une source d'espoir qui s'est transformée au cauchemar parce que j'ai été évincé. Je ne jouais plus du tout, on m'a envoyé en réserve avant de me dire que je ne jouerai pas non plus en réserve. Cette sensation d'aller à l'entraînement tous les matins en sachant que tu ne joueras jamais, quoique tu fasses aux entraînements, surtout quand tu es dans une conscience pro, c'est difficile. Et tout ça a eu pour conséquence mes six mois de chômage derrière.


Et ton meilleur souvenir ?


La non-montée, même si ça ne s'est pas terminé comme on le voulait. Cette soirée vécue au Havre, avec le 5-0 contre Bourg-en-Bresse, ce scénario... La fin est tragique mais ça reste un souvenir tellement intense que j'ai presque envie de le considérer comme un bon souvenir. C'est comme quand je rentre en demi-finale de Coupe de France avec Angers contre Rennes avec un de mes meilleurs amis Benoît Costil en face. On perd 3-2 mais je le garde dans les bons souvenirs. J'aurais pu dire des trucs bateaux comme la montée avec Reims ou Niort mais on avait tellement survolé ces années-là que c'était une suite logique. Donc ces deux événements restent des souvenirs très intenses.


Statistiquement, tu as réalisé tes meilleurs saisons à Laval. Comment l'expliques-tu ?


Tout simplement : on m'a fait confiance. Je ne suis pas un phénomène, je suis juste un bon joueur avec des qualités. J'ai enchaîné les matchs, je me suis très peu blessé et j'ai beaucoup joué. C'est tout, il n'y a pas de secret. La première année, quand je termine avec neuf buts et six passes décisives, il me semble qu'à la trêve je dois être à deux buts et deux passes décisives. Mais le fait d'enchaîner, ça provoque le déclic et en tant que joueur, c'est une sensation qui est top d'avoir ce sentiment de confiance, de pouvoir tenter un peu tout et n'importe quoi et d'être en réussite. Mes années à Laval sont les deux où j'ai enchaîné le plus de matchs donc ça se résume surtout par rapport à ça.


Quels sont les objectifs que tu t'es fixés pour 2020 ?


Par rapport à la première partie de saison, j'espère avoir un peu plus de temps de jeu et un peu plus d'importance sur le terrain. Je suis à un but et deux passes décisives en peu de temps de jeu donc j'aimerais avoir la chance d'enchaîner et de jouer plus sur cette deuxième partie de saison. Sur le plan collectif, je nous souhaite tout le meilleur, de gagner encore des matchs et d'avoir cette insouciance le plus possible. On a un groupe qui vit bien avec des bons mecs et je souhaite que ça dure le plus longtemps possible.


A 34 ans, tu es plus proche de la fin que du début. As-tu un plan pour la fin de ta carrière, une idée de où tu aimerais finir ?


Comme je le dis souvent, j'ai eu la chance de ne pas avoir de très grave blessure, d'avoir gardé cette conscience professionnelle et d'être encore bien physiquement. Je me souhaite de jouer le plus longtemps possible parce que j'aime tellement ça que j'en ai envie. Ma reconversion n'est pas du tout prête donc plus je gagnerai du temps et mieux ce sera pour moi. Je n'ai jamais vraiment eu de plan de carrière. J'aurais aimé jouer à l'étranger mais je ne pense pas que j'aurais la chance que ça se fasse. Actuellement, j'aimerais jouer encore trois saisons minimum au meilleur niveau que je peux.


Tu viens d'évoquer ton après-carrière. Est-ce une chose à laquelle tu as réfléchi ou pas du tout ?


J'y réfléchis depuis deux ou trois ans. Je ne regrette pas car c'est dans ma nature mais j'ai avancé toute ma carrière en étant focus sur le foot, en me mettant peut-être même des œillères par moments et c'est dommage. Mais non, elle n'est vraiment pas définie. Je sais seulement que j'aimerais rester dans le milieu du sport parce que j'aime me dépenser et que j'ai besoin de respirer cette adrénaline. J'espère rester dans le milieu du foot et si je dois en sortir ce serait vraiment l'inconnu total l'heure actuelle.


Crédit photo : USL Dunkerque

Merci beaucoup à Ludovic pour sa gentillesse et sa disponibilité !

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