Interview de Marvin Martin : "Tant que j’aurai envie, je continuerai"

#INTERVIEW - En juin 2011, Marvin Martin est surnommé "Le nouveau Zidane" au lendemain d'une première fracassante sous le maillot Bleu. Touché par de nombreuses blessures, le meneur de jeu a vu sa progression à Lille être freinée. Il évolue depuis cette saison à Chambly.


Marvin, tu as pris part à 6 matchs de Ligue 2 avec Chambly cette saison. Quel bilan en fais-tu ?


Franchement, c'est une très bonne saison avec en plus une bonne place au classement. C'est vraiment top même si personnellement j'aurais aimé jouer beaucoup plus. Mais je n'ai encore pas été épargné par les blessures. Je pense d'abord au club et c'est vraiment très bien d'avoir fini à la 10e place.


Toi qui as joué la Ligue des Champions avec Lille, qu'est-ce qui change à Chambly ?


Déjà le parcours du club pour en arriver là. C'est magnifique qu'une famille prenne un club et réussisse à l'emmener en Ligue 2. C'est un club familial qui n'a pas de gros moyens mais qui fait pas mal de choses pour que le club soit là-haut donc c'est vraiment un club dans lequel on se sent bien. Il y a eu un super groupe cette année et c'est aussi ce qui a fait notre force.

Marvin Martin au duel avec Zlatan Ibrahimovic - Getty Images

Tu as débuté à Sochaux, où ton nom nous ramène à la dernière belle période du club. La saison 2010-2011 reste-t-elle, dix ans après, la meilleure saison de ta carrière ?


Oui, bien-sûr parce que j'ai vécu des choses extraordinaires. Etre Européen avec Sochaux, c'était magnifique. On était un super groupe, une bande de potes avec Ryad (Boudebouz), Pierrick (Cros) et Mathieu (Peybernes) qui sortaient du centre de formation et qui jouaient en Ligue 1 en même temps. On était aussi super bien entourés par des cadres, des joueurs un peu plus âgés qui nous ont bien intégrés. J'ai connu ma première sélection en Equipe de France, j'ai été meilleur passeur de Ligue 1 (17, ndr) et physiquement j'étais super bien donc je prenais beaucoup de plaisir. C'était que du bonheur.


Le 6 juin 2011, tu marques deux buts et délivres une passe décisive contre l'Ukraine lors de ta première en Bleu. Qu'éprouves-tu à ce moment ?


C'était un rêve. Comme je l'ai toujours dit cela a été très, très vite car c'était ma première sélection. Je suis appelé, je rentre, je marque un doublé et je fais une passe décisive donc je ne pouvais pas rêver mieux. C'était une fierté de représenter son pays, de faire cette entrée. C'est quelque chose d'inoubliable et ça restera gravé en moi pour toujours. C'était un moment magnifique.

Entré à la 76e minute, Marvin Martin marque ce but à la 87e avant de réaliser une passe pour Kaboul (89') et de marquer un deuxième but (90').


As-tu été trop sous pression ? En veux-tu à ceux qui t'ont comparé à Zidane ?


Je ne leur en veux pas, non. Je ne suis pas comme ça. Mais c'est sûr que ça ne m'a pas aidé. Je pense qu'il faut arrêter les comparaisons car chaque joueur a ses caractéristiques. Zidane est mon idole et ce n'était pas m'aider que de me comparer à lui. C'est surtout pour les personnes qui ne suivent pas trop le foot et qui s'étaient dit « ah, lui c'est le nouveau Zidane » donc s'imaginaient tout de suite que j'allais faire comme Zidane. C'était impossible. Je ne leur en veux pas du tout car ça fait partie de notre métier mais ce n'est pas aider les joueurs, surtout quand ils sont jeunes. J'étais jeune, j'arrivais de Sochaux où je n'avais pas trop de pression et où on parlait en bien de moi et je ne sais pas si j'avais les épaules pour supporter ça à cette époque.


On parle parfois de "blessures psychologiques". Cette forte pression a-t-elle pu avoir un impact négatif sur ta carrière ?


Non car mes blessures sont arrivées après. Ma première année à Lille s'est bien passée, je n'ai pas eu de grosse blessure. Je ne peux pas dire que mes blessures soient dues à la pression parce que je me suis fait opérer quatre fois du genou et une fois de l'épaule donc c'est peut-être plus de la malchance qu'à cause de la pression. Cela peut avoir un impact musculairement mais mes grosses blessures n'étaient pas musculaires donc ça en a peut-être fait partie à un moment donné mais pas au début. C'était à cause de mon genou et c'était dur de m'en débarrasser. Je compensais, je forçais, j'avais mal et je jouais quand même et ce n'est pas bon. Mais honnêtement je ne pense pas que la pression ait eu un impact.


Tu as participé à l'Euro 2012, le rêve de nombreux footballeurs. Quel souvenir gardes-tu de cette compétition ?


C'était magnifique. Ce ne sont que des bons souvenirs. Rien que l'ambiance et de voir tous ces supporters c'est inoubliable. C'est un autre délire, c'est vraiment autre chose que quand tu es avec ton club. Avec ton pays, tout prend une autre proportion et c'est d'une grandeur incroyable. C'est dommage qu'on soit tombés contre l'Espagne parce que je pense qu'on aurait pu aller plus loin mais on avait joué contre une équipe qui était imbattable à cette époque-là. C'est comme ça mais en tout cas ce ne sont que des souvenirs inoubliables.


En 2012 tu rejoins le LOSC et tu joues la Ligue des Champions contre le Bayern notamment. Qu'est-ce que cela fait de jouer de tels matchs ?


C'est magnifique ! Tu rencontres des grandes équipes et des grands joueurs. Mais c'est compliqué. C'est un autre niveau. Tu joues tous les trois jours, le mercredi tu vas au Bayern et le samedi tu peux jouer contre Marseille, puis tu te rends compte que tu es dans une équipe qui joue le haut de classement donc quand tu perds un ou deux matchs c'est la crise. Tu dois gagner tout le temps. Les petites équipes n'ont qu'une envie c'est de te battre et quand tu joues l'Europe les équipes savent que tu as joué la semaine donc elles te rentrent dedans le weekend. C'est vraiment autre chose et ce n'est pas facile. Si tu as la chance de faire une grosse saison c'est magnifique mais si tu fais une moins bonne saison, c'est compliqué et tu galères. La première saison on finit 6e, ce qui était pour moi un bon classement. Mais à Lille, ce n'était pas un bon classement ! Un grand club comme Lille devait finir sur le podium, c'était exigeant. Le haut niveau, c'est gagner même quand c'est difficile.


Tu n’as pas été épargné par les blessures et tu es pourtant resté 5 ans sous contrat avec Lille. As-tu eu l’opportunité de partir avant ?


Honnêtement, non. Je l'ai déjà dit mais il vaut mieux être moins bon et jouer plutôt que d’être blessé car tu ne te montres pas, les gens t’oublient et tu es moins performant quand tu reviens. Moi, je me suis arrêté sept puis puis neuf mois. Physiquement c’est dur et j'ai enchaîné les blessures parce que je n'étais plus dedans et que physiquement ça ne tenait pas. Je me mets à la place d’un président de club ou d’un coach et c’est normal de ne pas prendre un joueur qui ne joue pas. Je suis tombé dans une situation où on m’a oublié, où on avait peut-être un peu peur de me prendre. Malgré tout, j’ai réussi à aller à Dijon avec qui ça s’est très bien passé. Le président (Olivier Delcourt, ndr) a été très bien avec moi malgré mes blessures. C'est normal que ce soit compliqué de trouver un club quand tu es blessé.


En 2017 tu te relances à Reims, en Ligue 2. Après avoir connu le plus haut niveau, a-t-il été difficile de descendre à l’étage inférieur ?


Non parce que je revenais bien physiquement. Il ne faut pas se voiler la face, je n’étais plus le même joueur et je savais que je devais beaucoup travailler physiquement et qu'il fallait passer par là pour retrouver la Ligue 1. Ça fait partie de mon parcours et, parfois, il vaut mieux reculer pour mieux avancer. A Reims les installations sont superbes, j'avais des amis qui y jouaient et je suis tombé sur un groupe extraordinaire. On a fait une saison inoubliable, une de mes meilleures. On a battu tous les records, on ne perdait pas un match et collectivement c'était un groupe exceptionnel comme j'en ai rarement connu. On s'est régalé. On a été champion, ça m'a fait un titre et c'est un club que j'ai beaucoup apprécié.

Marvin Martin fête un but contre Strasbourg - décembre 2018 - Getty Images

Lors de cette saison, tu marques un but à Auxerre. On est fin 2017 et ton dernier but remontait alors à mars 2012. Ce fût une délivrance ?


Oui même si j’ai toujours dit que je préférais faire des passes que marquer. Mais ça faisait plaisir, c’était une joie que je n’avais pas connu depuis longtemps. A un moment donné, je ne marquais plus parce que je ne pouvais plus tirer à cause de mon genou qui me faisait mal. Même faire une passe ou un centre devenaient compliqués. C’était vraiment une délivrance pour moi, en plus mon fils était là donc j’étais content et fier de ne jamais avoir lâché.


Tu disais au Parisien en octobre que tu n’avais pas de regret sur ta carrière. C’est quand même difficile de ne pas être déçu, non ?


Le seul reproche que je peux me faire, c’est de ne pas avoir été assez professionnel. Quand je vois aujourd’hui Cristiano Ronaldo ou Karim Benzema, c’est ça, je pense, l’exigence qu’il faut avoir pour le haut niveau. Les mecs travaillent sans cesse et à un moment donné c’est vrai que je l’ai moins fait et que j’ai été un peu moins professionnel. Ce n'est pas qu'une question de travail mais des choses comme travailler plus en dehors de l'entraînement, dormir plus tôt, être plus sérieux... Mais sinon, les blessures je ne peux rien y faire. J’ai essayé d’être le plus sérieux possible. J’aurais aimé que ça se passe autrement mais ça fait partie de ma carrière. C’est comme ça.


Quand as-tu pris conscience de ça ?


Tu en prends conscience quand tu prends un peu plus de maturité. Quand tu es jeune, tu te sens intouchable mais ça fait partie du caractère et ça doit être une force. Cette force je ne l’ai pas eue et c’est la seule chose que je me reproche. Si demain un jeune me demande un conseil, je lui dirai « tue-toi au travail, sois sérieux ». Une carrière c’est court, ça va tellement vite. Et tu es vite mis en haut de l’affiche comme tu es vite mis tout en bas. Aujourd’hui, on a la chance de le voir avec les réseaux sociaux, tous les meilleurs joueurs se tuent au travail et il n’y a que ça de vrai. Alors oui les qualités et le talent comptent mais le travail et le sérieux font partie du métier.


Marvin Martin était-il vraiment un grand espoir du foot français ?


C’est dur car je n’aime pas parler de moi. Contre l’Ukraine, c’était le premier doublé de ma vie. Je n’ai jamais été un grand buteur et les gens attendaient que je marque tous les weekends mais quand ils ont vu que ce n’était pas le cas, ils ont commencé à me critiquer. J’avais mes qualités, j’ai toujours été un passeur et j’ai toujours dit que je préférais voir mon pote marquer que de mettre un but. Ce que j’ai fait, c’est déjà beau même si j’aurais pu faire beaucoup mieux. J’ai fait un Euro, 15 sélections en Equipe de France, meilleur passeur de Ligue 1… J’aurais pu faire encore de belles choses mais c’était compliqué avec mes blessures, trop compliqué.


Avec le maintien de Chambly, ton contrat est prolongé d’une année. Tu vas continuer ?


Bien-sûr. Je m’y plais, j’y suis bien, on a un bon groupe et ça se passe super bien donc évidemment.


Comment vois-tu la suite de ta carrière ? Peut-on espérer te revoir faire une saison pleine en Ligue 2 ou plus haut ?


J’espère. Vraiment. L’année dernière était compliquée car je n’avais pas fait de préparation et le championnat avait déjà commencé à mon arrivée. Cette année, on va avoir du temps pour se préparer et ça va me faire du bien. Donc j’espère parce que tu vas dans un club pour jouer et il n’y a rien de pire que de ne pas pouvoir aider. Je vais tout mettre en œuvre pour être le plus présent possible la saison prochaine.


Se peut-il que Chambly soit le dernier club de ta carrière ?


Je ne sais pas. Si j’ai l’opportunité de continuer, pourquoi pas. Je me sens bien physiquement et mentalement. C’est surtout ça. Le jour où je ne me sentirai plus bien mentalement et que je n’aurai plus le plaisir d’aller à l’entraînement, j’arrêterai. Pour l’instant je l’ai toujours alors si ce sera pour un, deux ou trois ans je ne sais pas. Mais j’ai été éloigné des terrains longtemps donc j’ai toujours envie de jouer. Tant que j’aurais cette envie et si on m’en donne l’occasion, je continuerai.

Marvin Martin face au Lorientais Enzo Le Fée - 2019-2020 - Getty Images

Je remercie Marvin Martin pour sa gentillesse, sa disponibilité et le temps qu'il ma accordé pour cet entretien. Je remercie également le club de Chambly qui m'a permis de réaliser cette interview.

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