Interview de Patrick Fradj : "Je suis passé par des moments très compliqués après le football"

#INTERVIEW - Formé au RC Lens, Patrick Fradj (28 ans) fait partie du dernier effectif sang et or à avoir évolué en Ligue 1, lors de l'exercice 2014-2015. Reconverti comme agent immobilier, l'ancien défenseur revient sur sa carrière.


Quel souvenir gardes-tu du RC Lens ?


J’y ai grandi. J’ai rencontré plein de personnes qui m’ont permis d’être la personne que je suis aujourd’hui. Je dois beaucoup à ce club qui m’a formé de mes 12 ans à mes 23 ans. Si je dois retenir une chose du club, c’est le côté de la prise en charge exceptionnelle que j’ai pu avoir.


Te souviens-tu de ta première en professionnel ?


Le premier gros match en pro qui m’a marqué, c’est un match amical contre Marseille à Bollaert. C’est le premier souvenir que j’ai en tête car jouer contre Payet, les frères Ayew ou Gignac, c’est quand même quelque chose et c’était la première fois que je jouais dans un Bollaert plein. La sortie du tunnel pour la première fois, c’est marquant. Quand on joue à Lens, la meilleure chose qui puisse arriver est de jouer à Bollaert.


Tu fais partie du groupe qui a connu la montée en Ligue 1. Comment as-tu vécu cette montée ?


Pour le club, c’était génial. Personnellement, je n’ai pas eu un temps de jeu énorme. Il y a plusieurs raisons à cela, d’abord une mésentente avec le coach ainsi que le fait que je n’ai pas non plus été d’un professionnalisme extrême. C’était quand même une grande fierté car je faisais partie du groupe et que j’avais contribué à cette montée. C’était une superbe année, comme toujours quand on monte.


Tes huit minutes en Ligue 1 contre Toulouse, est-ce ton meilleur souvenir ?


Non, absolument pas (rire). Pour moi, cette saison a été un enfer parce que je ne jouais pas. J’étais régulièrement dans le groupe mais je n’entrais jamais. Pendant ces huit minutes, je n’ai pas joué à mon poste puisque j’étais entré comme milieu de terrain. C’est génial à vivre mais c’est un souvenir parmi d’autres.


Sikora t’avait lancé. Comptait-il davantage sur toi que Kombouaré ?


Effectivement, d’après le discours qu’il avait tenu sur moi, je pense qu’il aurait plus compté sur moi. C’est quelqu’un qui m’a bien accompagné dans le monde professionnel et qui a fait du super boulot avec l'équipe première compte tenu des circonstances. Concernant Kombouaré, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde.

Patrick Fradj au duel avec le Marseillais Dimitri Payet - Getty Images

Tu as découvert le stade de France contre Paris et Lille, qu’est-ce que ça fait ?


C’est exceptionnel. Découvrir le Stade de France contre ces équipes, ça sort de l’ordinaire. C’est hors du commun. En tant que joueur, on espère un jour être en place dans une équipe pour ce genre de match. Tout le monde veut un jour en arriver là. Jouer au Stade de France, c’est gigantesque.


Montée, non-montée, problèmes administratifs... Comment as-tu vécu l’été 2014 ?


Ça a été une catastrophe. En tant que joueurs, on l’a très mal vécu. C’est cette année que Kombouaré avait menacé de quitter le club si on était rétrogradés. Le travail avait bien été fait par mes coéquipiers avec la montée en Ligue 1 et on trouve ça injuste quand on est joueur que ce ne soit qu’une question financière. Ce qu’ils avaient fait était exceptionnel et je trouvais ça injuste d’enlever la montée au club et à la région.


Mais dans son ensemble, comment le groupe a-t-il vécu cette période d’incertitudes autour du club ?


Les actionnaires qui arrivent et qui disparaissent, c’est le grand mystère du football. Je ne pense pas qu’on soit le seul club à avoir vécu ça. En tant que joueur, c’est difficile. Quand on est professionnel on mange football, on dort football, on vit football donc l’implication d’un joueur est totale. On donne tout sur un terrain en sacrifiant beaucoup de choses à côté et le fait que des personnes comme cet actionnaire arrivent et nous lâchent alors qu’on a fait le job sportivement, ce sont des choses qu’on a du mal à concevoir. La frustration est énorme.


Vous êtes redescendus sans grande surprise à cause de cette interdiction de recrutement et du fait de jouer à Amiens. Pensiez-vous vraiment pouvoir vous maintenir ?


Quand on est joueur, on ne joue jamais pour perdre. Si nous on n’y croit pas, personne n’y croit. Je pense que l’ensemble du groupe était conscient de nos forces et de nos faiblesses mais on a tout fait pour maintenir le club en Ligue 1. Cela ne s’est pas fait pour plusieurs raisons, notamment le fait de jouer à Amiens. Ne pas jouer chez soi est très compliqué, c’est une difficulté supplémentaire qui n’est pas négligeable. Cela nous a porté préjudice mais en tant que joueur il était inconcevable de démarrer la saison sans y croire. Je suis intimement persuadé que chaque personne de ce groupe s’est donnée corps et âme pour se maintenir.


La défaite contre Lille vous envoie en Ligue 2. Comment l’avez-vous vécue ?


Un derby c’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre tant qu'on ne l’a pas vécu. Quand on joue contre Lille avec Lens, tout ce qu’on veut est gagner. On ne pense qu’à ça. Au début de la saison, ce sont les deux matchs qu’on ne veut vraiment pas perdre, gagner contre Lille fait partie des objectifs. Une descente n’est déjà pas agréable à vivre, mais le fait que ce soit contre Lille met un gros coup au moral, surtout pour les supporters.


Pourquoi n’a tu pas rebondi au haut niveau ensuite ?


Il y a deux choses. Déjà, j’ai toujours été curieux et j’ai toujours voulu faire autre chose en même temps que le football mais ce n'est pas possible quand tu es professionnel. Ensuite, j’avais envie de voir autre chose que le football et il y a aussi le fait que je me sois blessé alors que j’étais sensé jouer les cinq derniers matchs pour retrouver un club. Ça n’a pas aidé et c’était finalement un mal pour un bien.


Tu as finalement signé à Croix...


J’ai passé de très belles années avec de super coéquipiers. Cela a été une de mes très belles expériences dans le football, ce qui peut paraître paradoxal. J’étais déjà heureux d’arriver à Croix mais on a en plus fait de beaux parcours en Coupe de France, on avait l’ambition de monter en National et on a failli le faire la première année. C’est une aventure qui m’a redonné le plaisir dans le football.


Tu as fait une courte carrière en ayant pourtant consacré une partie de ta vie au football. Est-ce frustrant ?


Ça peut avoir un côté frustrant dans le sens où j’ai passé 12 ans de ma vie à Lens. Ce que je retiens, c’est que les jeunes joueurs ne sont pas préparés au monde professionnel. C’est déjà dur d’y arriver mais c'est encore plus compliqué d'y rester. Je connais beaucoup de joueurs qui se sont entêtés dans le football et qui, à 35 ans, ne savent pas quoi faire de leur vie. Je pense que c’est la responsabilité des clubs formateurs de pousser les jeunes joueurs à s’ouvrir à d’autres horizons pour que, quand le football s’arrête, ils aient quelque chose. Je suis passé par des moments très compliqués après le football et je pense qu’en étant mieux accompagné ça se serait mieux passé.


Joues-tu encore au foot ?


Non, du tout. Mon travail me prend énormément de temps, je suis très pris et je n’ai plus le temps de faire du sport à côté. J’ai arrêté à Tourcoing car, mine de rien, quand on a connu le niveau que j’ai connu, il est difficile de descendre trop bas. Je le dis sans condescendance pour Tourcoing qui est un très beau club mais c’est un autre niveau.


Comment s’est passée ta reconversion ?


Très honnêtement, je ne pensais pas du tout à ma reconversion quand j’étais footballeur. Mais à 25 ans, j’étais lucide et je savais qu’en étant en National 3 je rebondirai très difficilement dans un club de Ligue 2. Cela aurait été compliqué de faire une carrière jusque 32-33 ans donc il fallait que je pense à l’après-football. Une fois je suis tombé sur une pub d’agent mandataire donc je me suis lancé tout seul comme auto-entrepreneur. Je me suis formé tout seul sans reprendre d’étude et du jour au lendemain je me suis retrouvé à passer mon premier coup de fil dans mon bureau.

Patrick Fradj tacle Jérémy Morel - Getty Images

Je remercie Patrick pour sa sympathie et le temps qu'il m'a accordé.

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