Interview de Réginald Becque

#INTERVIEW - Je me suis entretenu avec Réginald Becque, capitaine historique de l'équipe de Calais finaliste de la Coupe de France contre le FC Nantes en 2000. L'ancien défenseur qui travaille aujourd'hui pour le football amateur à la FFF revient notamment sur cette épopée.


Pour revenir d'abord sur Calais-Nantes, soulever le trophée avec Mickaël Landreau fait-il partie de tes meilleurs souvenirs ?


En tout cas c'est une image qui fait partie de l'histoire de la Coupe de France et du foot calaisien. Je garde surtout des souvenirs collectifs, car le foot est un sport collectif, et cette aventure humaine qu'on a pu vivre pendant six mois. On a vécu des émotions très fortes jusqu'à la finale. Cette finale a été le summum de ma carrière mais j'ai aussi joué en équipes de France de jeunes, j'ai participé au tournoi de Montaigu, j'ai été champion de France des réserves avec Valenciennes... J'ai quelques très bons moments et c'est vrai qu'il y a peu de très bons moments dans une carrière qui dure entre 10 et 15 ans. Il faut donc les savourer, en profiter et quand vous avez la chance de vivre une finale de Coupe de France, qui plus est quand vous êtes amateurs, ça fait partie des moments forts de votre carrière.


En 2018, le capitaine des Herbiers a également soulevé le trophée avec Thiago Silva. Est-on heureux d'aller partager ce genre de moment après une finale perdue ?


Je m'étais posé un peu la question de savoir si je devais y aller, c'est pour ça que j'en avais parlé avec le coach avant de monter car j'étais très surpris de la proposition de Mickaël (Landreau). Et après coup, je me dis que ça valorise encore un peu plus notre parcours, que ça met en avant le football amateur puisque football professionnel et amateur sont regroupés sur une même photo et cela incarne parfaitement l'esprit de la Coupe de France. Donc je pense que c'est une belle image pour le football et la Coupe de France.


Réginald Becque avait soulevé la Coupe de France avec Mickaël Landreau, capitaine du FC Nantes (Crédit : GettyImages)


Tu n'as pas connu de carrière professionnelle. Est-ce une déception ?


Oui et non. J'ai tout de suite voulu devenir professionnel ; j'ai fait trois centres de formation, j'ai fait les équipes de France de jeunes alors j'avais peut-être du potentiel pour faire quelque chose de mieux dans le football professionnel. Mais je me suis épanoui dans le football amateur en travaillant à côté, j'ai vécu de belles expériences, j'ai voyagé un peu en France, j'ai rencontré des belles personnes et j'ai eu la chance de vivre cette aventure. Je n'ai pas de regret, ça se joue tellement à peu de choses qu'il ne faut pas rester derrière ce qu'on n'a pas réussi à faire. Je suis d'un naturel optimiste donc dès que j'ai eu un échec j'ai tout de suite rebondi en me servant de ce que j'avais fait avant et c'est sûr que faire trois centres de formation m'a forcément servi dans le football amateur.


Malgré le fait que tu n'aies pas été professionnel, tu as été capitaine d'une équipe finaliste de la Coupe de France qui a notamment battu Bordeaux, champion de France en titre. Ça compense ?


Non, je ne pense pas que cela compense mais ce qui est certain c'est qu'en tant que footballeur amateur capitaine d'une équipe de CFA qui a joué une finale de Coupe de France au Stade de France devant 80 000 personnes, je me dis qu'il y a plein de joueurs professionnels qui ne le feront jamais. J'ai eu cette chance et j'ai vécu des choses incroyables même complètement inespérées. Mais il n'y a pas de comparaison à avoir.


Durant cette épopée, quel attaquant t'a le plus impressionné toi qui étais défenseur ?


On avait pour habitude de ne pas regarder nos adversaires, de se concentrer sur nous, sur notre rôle mais c'est sûr que lorsque vous avez Christophe Dugarry et Lilian Laslandes face à vous, ça reste impressionnant. Par leur physique, leur gabarit... En plus Dugarry était champion du monde donc ce sont forcément des personnes qui marquent. Après il y avait Alioune Touré en finale qui allait très vite et qui m'a mis en difficulté. Ce sont d'excellents joueurs donc je n'avais pas la prétention de me comparer à eux. On essayait tous de donner le maximum et surtout de le faire en équipe et ce qui a permis de renverser de belles montagnes.


Vous avez affronté Bordeaux à Bollaert-Delelis en demi-finale. Sentir l'engouement de toute la région pour vous pousser, qu'est-ce que cela représentait pour vous ?


On a été portés ! On avait déjà eu une expérience contre Strasbourg où le stade avait été ouvert sur trois tribunes avec environ 25 000 personnes. Là, c'étaient 40 000 acquis à notre cause, avec des supporters lensois qui ont quasiment les mêmes couleurs que nous alors c'était quelque chose d'incroyable. Ça vous porte, ça vous pousse, vous oubliez vos douleurs et vos crampes... C'était forcément un avantage pour nous. On était en CFA et Bordeaux était champion de France en titre alors, même avec le public, il n'y aurait pas dû y avoir photo et pourtant on a réussi à faire ce que pas beaucoup nous voyaient faire.


Calais avait pu compter sur l'appui de Bollaert pour venir à bout de Bordeaux (Crédit : GettyImages)


Quelles conséquences ce parcours a-t-il eu sur ta vie après 2000 ?


La première conséquence est qu'on en parle toujours vingt ans après (rire). C'est quand même une sacrée conséquence ! Comme je suis toujours dans le milieu du football, ce sont des sujets qui peuvent toujours ressortir. On a vécu pendant des mois une aventure incroyable et il y a donc des choses qu'on n'aurait pas pu faire sans cette aventure. Ce sont surtout les expériences qu'on a pu vivre car ça n'a pas changé intrinsèquement notre vie même si on fait partie de cette épopée dont on parle encore vingt ans après. Ça reste un moment très important de notre vie et de notre carrière.


Aujourd'hui tu as un rôle au sein de la FFF, peux-tu en dire un peu plus sur ce rôle ?


Je travaille à la Fédération à la direction du football amateur. Je suis au service événementiel et suis en charge de la communication, des partenariats et surtout du partenariat Nike puisque Nike a prolongé avec la Fédération en 2018. Et je travaille aussi pour la promotion de tous les événements que ce soit la rentrée du foot, la journée des bénévoles, la journée des débutants, le festival U13...


Travailler pour la promotion du football amateur, était-ce une évidence pour toi ?


C'est le job parfait. Je reste dans le foot, non plus sur le terrain mais dans la mise en place de projets, alors c'est magnifique. C'est pour moi le boulot de rêve, je n'ai jamais l'impression de travailler parce que je fais ça avec telle passion et tel plaisir que c'est le pied de travailler dans ce cadre-là.


Selon toi, une équipe amatrice comme vous l'étiez pourrait-elle toujours en 2020 créer la surprise et jouer une finale de Coupe de France ?


Aujourd'hui, en CFA qui correspond à la Nationale 2, l'évolution est énorme puisque les cinq ou six premiers de N 2 ont des contrats fédéraux avec des joueurs qui ne travaillent pas et qui sont à temps plein au club. Il ne peut pas y avoir de comparaison. Aujourd'hui, si un club amateur devait aller en finale de Coupe de France, ce serait plutôt une R1 ou R2. A Calais on n'avait pas de contrat fédéral, on travaillait tous, on s'entraînait le soir trois fois par semaine sur un terrain qui ressemblait à un champ de mine... Après, avec l'hégémonie du PSG, même si l'an dernier Rennes l'a battu, cela va être compliqué pour un club de CFA d'aller en finale de Coupe de France. Même si le tirage au sort peut faire que, ça me paraît compliqué.


Crédit : GettyImages

Je remercie Réginald pour sa disponibilité.


La seconde partie de l'interview à découvrir bientôt sur le site.

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