Interview de Robert Malm

Mis à jour : févr. 12

#INTERVIEW - Ancien joueur professionnel, Robert Malm a passé vingt années de sa vie sur les pelouses de Ligue 1 et Ligue 2. Consultant pour beIN Sports depuis huit ans et spécialiste Ligue 2 pour l'émission Maxi Ligue2, il revient sur sa carrière, son rôle de consultant et me livre ses pronostics pour la fin de saison en Ligue 2.


Comment t'est venue la passion du football ?


Je pense que ça a dû être transmis par mon père car il a joué au football et a dû secrètement vouloir en faire son métier. Quand j'étais jeune, on n'avait pas tout ce que les jeunes d'aujourd'hui peuvent avoir alors quand on s'amusait, c'était en fonction des événements qui passaient à la télé donc c'était le foot en premier. Même sans être un bon footballeur, on a tous tapé au moins une fois dans un ballon. Et de fil en aiguille, tu en fais une passion. Alors si je te dis que tout petit je voulais en faire mon métier, je te mentirais mais cela a toujours été un plaisir et c'est ce qui a été mon leitmotiv.


Depuis la fin de ta carrière, tu es consultant. Aujourd'hui pour la Ligue 2, on te retrouve dans Maxi Ligue 2, dans le Multi le vendredi et aux commentaires du match du samedi. Qu'est-ce qu'une semaine-type pour toi ?


C'est être à l'affût, à l'écoute de tout ce qui peut se passer dans le monde du football. Donc c'est suivre la presse écrite, faire le tour des clubs pour voir ce qu'il se passe, il y a aussi les informations du dernier moment qu'on peut avoir avant ou pendant le match. Je mets l'émission Maxi Ligue 2 un peu à part car on est un peu en décalé avec une pointe plus légère et humoristique. On a un groupe Whatsapp Ligue 2 où on communique énormément pour s'échanger des informations ou des numéros de téléphone. Donc il n'y a pas vraiment de semaine-type mais on doit se ternir informés de toutes les informations qu'on peut avoir pour donner les meilleures infos possibles à nos abonnés.

Robert dans l'émission Maxi Ligue 2 présentée par François Rabiller tous les mardis (PANORAMIC)

En étant joueur, avais-tu décidé de vouloir devenir consultant ?


Non, avant la fin de notre carrière on se dit souvent qu'on a le temps puis on se rend compte que le temps passe finalement très vite. Je t'avoue qu'être consultant me bottait un peu, j'aimais bien le monde de l'audiovisuel mais pour le faire il fallait savoir bien s'exprimer et avoir des infos. J'avais commencé quand j'étais encore joueur à faire quelques apparitions sur ce qui est aujourd'hui La Chaîne L'Equipe. J'ai fait quelques émissions avec Olivier Ménard, puis Christophe Jamot m'a donné l'opportunité de devenir consultant pour Eurosport pendant la Coupe du Monde 2010. J'ai fait quelques matchs de Ligue 2 en bord terrain et, lorsque beIN Sports a ouvert, Charles Biétry m'a donné l'opportunité d'être là. Huit ans après je suis toujours là et je m'éclate toujours autant.


Le samedi après-midi, on te retrouve avec Samuel Ollivier et François Rabiller avec qui on sent que tu as une bonne relation. Est-ce important pour toi de montrer une image sympathique ?


Je t'arrête tout de suite, je ne joue pas un rôle (rire). Je ne suis pas sympa devant la caméra et horrible derrière. On est tout simplement comme ça. Il suffit de demander aux gens qu'on croise partout en France, on a toujours le sourire, le plaisir d'échanger ou de faire des photos avec les supporters. On aime ce qu'on fait alors on essaie de le transmettre aux abonnés. Si on n'aimait pas ce qu'on fait, ça se sentirait et on ne serait plus là. On aime vraiment ce qu'on fait à savoir donner des informations, partager, donner de la bonne humeur et c'est sans doute aussi pour ça que ça marche.


Sans parler de jouer un rôle loin de là, il ressort souvent des journalistes foot de la chaîne de vouloir faire leur travail sérieusement dans un cadre un peu détendu. Est-ce une volonté au sein de l'équipe foot ?


Non, c'est ce que je te disais avant : on aime ce qu'on fait. Bien-sûr, on donne des infos et on fait notre travail correctement parce que si on ne le faisait pas correctement on ne serait plus là aujourd'hui. Il faut être sérieux mais on a le droit de mettre de la joie et de la bonne humeur. Ce n'est pas parce que tu es rigoureux que tu n'as pas le droit de sourire ou de rigoler. Je pense qu'il y a des choses beaucoup plus graves que de travailler dans une chaîne de sports pour pouvoir - excuse-moi du terme - faire la gueule. Rigueur n'empêche pas la joie et la bonne humeur, en tout cas c'est comme ça que je vois les choses et je pense que c'est aussi le créneau de la rédaction. Il n'y a pas de raison à ce qu'on ne soit pas souriants, tout en étant sérieux parce qu'on ne va pas se mettre non plus à faire l'équilibre sur les mains. On l'est parce qu'on aime faire ça.


Tu as disputé la Coupe du Monde avec le Togo en 2006. Qu'est-ce que cela représente dans une carrière ? Est-ce ton plus grand souvenir ?


Oui, parce que tu touches au summum de ce qui se fait dans le football. Tu sais, quand on était jeunes, les tournois qu'on organisait c'étaient des Coupe du Monde. Et d'ailleurs, quand je suis entré en jeu contre la Suisse, ma première pensée était vers mes parents, vers mon père qui aurait rêvé de faire ce que j'ai fait. Mais surtout, j'ai pensé à mes potes avec qui j'ai joué dans la rue ou sur d'autres terrains. Ils ont tous rêvé de faire une Coupe du Monde et moi j'ai eu l'honneur et la chance d'y participer. Pour moi ça reste, encore aujourd'hui, un souvenir extraordinaire. Tu vois, je me dis qu'aujourd'hui si on ouvre un livre, Robert Malm a disputé la Coupe du Monde. Il n'a peut-être pas joué tous les matchs mais il a eu la chance d'y participer.

Robert au côté de Samuel Ollivier lors d'une rencontre au stade Bollaert-Delelis (PANORAMIC)

A ce moment-là, tu es plus proche de la fin de ta carrière que du début. Te disais-tu que jouer une Coupe du Monde ne t'arriverait plus ?


Non. Quand la carrière avance, tu ne te dis pas "tiens, il faut absolument que je joue une Coupe du Monde". Moi je vivais ma carrière en me disant que j'avais déjà la chance d'être un privilégié en étant footballeur professionnel. Une fois que tu es footballeur professionnel, tu aspires à jouer au plus haut niveau soit en Ligue 1 soit en Ligue 2. Je l'ai fait. Tu aspires à jouer les meilleurs classement possibles et j'ai connu des montées en Ligue 1 donc ça s'est plus ou moins réalisé. Ensuite, j'ai été sélectionné en Equipe de France jeune, j'ai eu la chance de disputer une Coupe du Monde militaire et d'être international togolais. Donc tout ce qu'on peut espérer faire dans une carrière, j'ai eu le bonheur de pouvoir le faire. Il m'a juste manqué de jouer plus régulièrement en Ligue 1 ou de pouvoir disputer une Ligue des Champions. Mais ce qui est sûr, c'est que si je devais refaire ma carrière, je la referais sans problème. A l'époque de la Coupe du Monde, je n'avais que 32 ans et je l'ai fait, peu importe l'âge. Mais je n'ai pas eu de course contre la montre car c'est le meilleur moyen de se planter.


Tu es formé au Racing Club de Lens et on connaît ton attachement pour le club. Quand tu es devenu consultant, a-t-il été compliqué pour toi de rester neutre dans tes commentaires ?


Souvent on me dit "t'es pro-Lensois" mais je réponds que "c'est que vous n'avez pas bien regardé le match". Il m'arrive d'être parfois plus dur avec des équipes comme Lens ou Lorient, des clubs où je suis passé et qui sont en tête du championnat, car j'attends plus de ces équipes. Quand un consultant prend partie, tu n'as pas trop à lui en vouloir mais moi je préfère rester neutre et commenter ce que je vois. Si Lens est bon, je dirai que Lens a été bon mais si Lens est très mauvais, je suis aussi capable de le dire. Au moment du match, on parle peut-être plus d'une équipe que de l'autre car il y a une domination qui est là. Il y a même des gens qui me disent que je suis anti-Lensois parce que je dis que l'équipe adversaire a bien joué. Mais je ne vais pas dire le contraire de ce que je vois.


Ces critiques t'ont-elles déjà touché ou orienté dans ta façon de commenter ?


Non. Jamais. C'est sûr que quand tu vas sur les réseaux sociaux après les matchs, il y a les pour et les contre, qui te disent parfois d'arrêter d'inventer ceci ou cela. J'ai été joueur, je sais comment les choses peuvent se passer sur le terrain donc je me sers aussi de ça. Si je m'aperçois que j'ai commis une erreur, je suis capable de me corriger même en plein match. Je regarde les matchs, même si j'ai parfois du mal à m'entendre, alors je suis capable de reconnaître mes erreurs. Heureusement, je prends beaucoup de recul avec les réseaux sociaux. La seule fois où j'ai sorti les dents, c'est quand ça a touché le secteur familial. Qu'on m'insulte car j'ai commis une erreur... voilà, mais ma famille n'a pas demandé à être insultée. C'est vrai qu'on reçoit souvent des remarques car on va dans le sens d'une équipe. Mais on passe au-dessus de tout ça, ce n'est pas ce qui me fera changer de manière de travailler.


Je t'avais vu être applaudi par les supporters lensois à ton arrivée avec Samuel Ollivier au stade Charléty pour les playoffs entre le Paris FC et le RC Lens. Quelle est ta relation avec eux ?


Ils savent que je suis un enfant du Racing Club de Lens, que j'ai fait mes premiers pas en pro là-bas et que j'ai gagné mon premier titre avec la Coupe Gambardella (en 1992, ndlr). Et tout simplement, on a cette particularité dans le Nord de ne pas oublier donc je pense que le fait d'avoir porté les couleurs du Racing Club de Lens en professionnel fait que le courant passe bien. Puis aussi, que ce soit en arrivant à Bollaert-Delelis ou à l'extérieur, on n'a jamais refusé une photo, un autographe ou une poignée de main même quand on était tout juste pour prendre le train. Peut-être qu'ils nous le rendent bien aussi et que c'est leur manière de nous remercier.

Tu as la chance de revenir souvent à Lens pour commenter. Penses-tu que Lens a le ou l'un des meilleurs publics de France et quel effet cela te fait de remettre les pieds à Bollaert-Delelis régulièrement ?


Evidemment, ça me plait de revenir souvent à Lens. J'ai toujours l'impression de redécouvrir Bollaert. J'ai vécu les transformations du stade pour la Coupe du Monde 1998 puis pour l'Euro 2016 donc j'ai vu son l'évolution. Et on a beau savoir ce qu'il va se passer, j'attends toujours avec impatience la "Lensoise", "Les Corons" et j'adore quand le public pousse. J'ai fait beaucoup de stades pour avoir joué notamment au Vélodrome ou au Parc des Princes mais c'est toujours spécial de revenir à Bollaert. Aujourd'hui, c'est en moyenne 25 000 personnes et sur un weekend Lens peut faire l'une des meilleures affluences de France voire la meilleure. Les gens sont des passionnés et même si le club était en National, il y aurait au moins 15 000 personnes au stade. On peut les comparer à ceux de Saint-Etienne pour l'histoire de la région et parce que tu sens que les gens aiment leur club.


Lens est 2e du classement actuellement. Serais-tu quelque part déçu, toi qui commentes la Ligue 2, si Lens venait à remonter ?


C'est égoïste car la destinée du club est en Ligue 1 mais il est sûr qu'en terme de visibilité, de stade plein, Bollaert est toujours agréable à diffuser. Les couleurs sang et or nous pètent aux yeux et visuellement c'est toujours beau à voir. Je souhaite évidemment au club de monter et s'il peut monter cette année alors qu'il monte. Je serai content pour eux. On sera un peu déçus car on n'aura plus Lens mais honnêtement Lens a sa place en Ligue 1 et d'autres clubs prendront le relais.


Tu as joué dans beaucoup de clubs français dans lesquels tu as disputé quasiment 400 matchs TTC. Lequel t'a le plus marqué ?


Au départ, Lens car c'est le club qui a fait le joueur et l'homme que je suis aujourd'hui. Après il y a d'autres clubs comme Lorient où j'ai vécu la première montée du club en Ligue 1 il y a un peu plus de 20 ans. J'ai également passé de bons moments à Brest, Nîmes ou Montpellier. Franchement j'ai vécu de très bons moments dans tous les clubs mais mes premières joies et mes premiers pas dans le monde professionnel sont au Racing Club de Lens.


Tu as joué dans 14 clubs en 20 ans, ce qui est assez conséquent. Comment l'expliques-tu ?


Simplement parce que les situations sportives se présentaient comme ça. Ce n'est pas un choix que j'ai pris seul, loin de là.


Tu l'as subi ?


Oui. A chaque fois que j'ai quitté un club, ce n'était pas moi qui avait demandé à partir. J'ai subi certaines situations. A Grenoble où j'ai passé 3 ans il a fallu que je parte à un moment donné. En 1998, je n'aurais jamais dû quitter Lorient mais une histoire de contrat a fait que je suis parti mais je ne suis jamais parti de gaieté de cœur même quand c'était plus compliqué sur le plan sportif. J'ai fait beaucoup de clubs mais j'ai duré dans le temps, cela devait peut-être se faire ainsi.


Tu es spécialiste Ligue 2 alors tu n'échapperas pas à la question des pronostics. Quels clubs vois-tu monter et descendre d'ici fin mai ?


Je pense déjà qu'on connait, à moins d'une catastrophe, les deux premiers qui seront Lorient et Lens. Ensuite, c'est trop serré entre le 3e et le 5e pour faire un pronostic. Pour la descente, c'est exactement la même chose. Orléans a l'air décroché même s'il y a eu un motif d'espoir il y a quelques temps mais il faut aussi qu'une équipe comme Caen fasse attention car elle reste fragile et que le trou n'est pas fait. Donc c'est compliqué parce que même Orléans qui semble décroché peut revenir dans la course. En Ligue 2, il faut être très régulier et faire des grosses séries comme le font Lorient ou Lens. Je l'ai vécu avec Nîmes en 2009, où on est derniers à la trêve (13 points, ndlr) et on finit par se maintenir avec 44 points. La Ligue 2 est donc un championnat où il faut être régulier car c'est un championnat très difficile.

Robert Malm (PANORAMIC)

Je remercie Robert pour sa gentillesse et sa disponibilité ainsi que Mr. Galipon.

334 vues

Partenaire principal

chez marcel blanc.png
  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc Twitter Icon
  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Icône YouTube