Interview d'Oswald Tanchot : "Je préfère avoir une équipe enthousiaste qui se projette"

#INTERVIEW - Ancien entraineur du Havre pendant trois saisons, Oswald Tanchot (47 ans) a pris les rennes de l'Amiens SC en début de saison avec pour mission de maintenir le club en Ligue 2. Il a accepté de me parler de sa vision du football et de sa fin de saison avec le club picard.


Comment décririez-vous votre vision du football, c'est-à-dire la manière dont vous aimeriez que, dans l'idéal, votre équipe évolue ?


C’est une vaste question car c’est toujours lié à des contextes. Il y a ce qu’on aimerait mettre en place et la réalité du football d’aujourd’hui qui fait que nous sommes toujours dans des projets très courts. En l’occurrence, j’ai pris l’équipe en cours de saison dans une année particulière qui suivant une descente et avec un mercato qui terminait quasiment mi-octobre. Pour mettre en place un modèle de jeu théorique - parce que ce qu’on a dans la tête n’est que théorique - c’est délicat. J’aime le football protagoniste, avec une équipe qui a la volonté d'être active et de récupérer le ballon haut. J'aime le football de transition car il prouve qu'il est le football le plus efficace aujourd'hui et pour ça il faut être capable de jouer dans tous les temps du jeu. Il faut être bon dans l'approche du jeu, la maitrise collective et la capacité à s'installer haut sur le terrain. Ça passe par des mouvements codifiés travaillés. Une fois qu’on a installé son équipe dans le camp adverse, ça nous donne beaucoup plus de possibilités de presser et contre-presser. Des fois, l’équipe adverse nous oblige à lui laisser le ballon et profiter des espaces sur des récupérations plus basses. Mais dans l’idée, je veux une équipe structurée pour positionner les joueurs haut et avoir des situations offensives avec de l’agressivité.


Guardiola ou Bielsa inspirent beaucoup d'entraineurs et sont réputés pour faire bien jouer leur équipe. Quelle est votre conception du "beau jeu" ?


Globalement, je trouve que les concepts des entraineurs depuis plusieurs années sont orientés vers un football offensif. Je pense que les entraineurs ont compris que le football de haut niveau est un spectacle. Nous sommes jugés sur les résultats en priorité mais on doit aussi amener du plaisir et divertir les gens en proposant du spectacle et du beau jeu. Ces entraineurs-là ont contribué à ça et ont inspiré tout le monde. Mais le football est ainsi fait qu’on peut gagner de toutes les façons. Il n’y a pas une seule façon de faire. Ce qui compte est de proposer à ses joueurs des choses qu’ils sont en capacité de faire et de comprendre. On parle beaucoup de modèle de jeu mais on oublie souvent que pour mettre des choses en place, il faut du temps et du travail. C’est un jeu à 11 contre 11 et les interconnexions sont liées à l’espace et au temps et cela demande une bonne connaissance des uns et des autres.


Vous dites qu’il y a plusieurs façons de gagner. Certains gagnent avec la réputation d’être « défensifs » et d’autres placent même le spectacle avant le résultat. Qu’en pensez-vous ?


Tout compte. L’élément le plus important est le résultat. Tout le monde le sait, même ceux qui disent le contraire. Je lutte un peu contre cette habitude de ranger les entraineurs dans des cases. On va dire que tel entraineur est défensif ou offensif et une idée reçue sur un entraineur va le poursuivre toute sa carrière. Bien souvent les entraineurs font en fonction des joueurs qu’ils ont. C’est vrai qu’au très haut niveau, les entraineurs ont les moyens de choisir leurs joueurs donc on peut estimer que leur style est bien défini. Mais dans le football, l’émotion peut être partout. Je connais des gens qui s’embêtaient à une époque devant le football du Barça parce qu’il était « trop sous contrôle ». Il y a des gens qui vont préférer la stratégie alors gagner 1-0 à la Diego Simeone va leur procurer de l’émotion. Il y en a pour tous les goûts, c’est ce qui est beau dans le football. Personnellement je préfère avoir une équipe enthousiaste qui se projette vers l’avant et ne reste pas dans une posture de profiter des erreurs de l’adversaire.


Vous avez dit qu'il faut parfois s'adapter à son groupe et qu'on ne peut pas toujours faire le jeu. En France, Lens, Brest, Auxerre ou Troyes sont séduisants sans des effectifs extraordinaires à leur échelle. Peut-on produire du jeu avec n'importe quel effectif ?


C’est ce que je disais par rapport à la notion de temps. Ce sont des équipes avec d'abord beaucoup de qualité mais il y a aussi un alignement entre le projet de jeu et les joueurs qui le composent. Dans les projets de Lens et Brest, il y a une stabilité dans le choix des joueurs. Le grand public confond parfois des joueurs qu'on connait et des joueurs de qualité. Avant qu’ils explosent, des gens savaient que Faivre, Perraud ou Cardona étaient de bons joueurs. Je pense qu’il faut parfois prendre du recul par rapport à l’opinion publique et à la réalité des clubs. Il y a deux éléments importants : la stabilité dans le temps et un alignement entre le modèle et les joueurs qui composent un effectif. Troyes et Auxerre sont aussi des équipes qui se connaissent bien. La saison dernière, Troyes était déjà en capacité de jouer la montée et ils sont repartis sur des bases identiques et avec la même philosophie de jeu même si le système de jeu est différent. Ce sont aussi des effectifs avec peu de jeunes joueurs mais des joueurs qui comptent beaucoup de matchs en Ligue 2.

Vous avez commencé avec Amiens en 4-3-3, ou 4-1-4-1 selon le rôle des ailiers, puis vous avez essayé un autre système avec une défense à 3. Comment expliquer ces changements ?


Déjà, l’élément important est l’adaptation. On a eu des départs tout au long de notre saison et on a encore eu un départ il y a un mois. Cela veut dire que l’équipe n’a fait qu’évoluer avec des joueurs qui ne s’installaient pas dans le projet ou qui s’y sont réinstallés. La deuxième chose, c’est qu’au foot, plus que le système, ce sont les positions qui sont importantes. Je pense qu’une bonne équipe doit maitriser deux systèmes de jeu. Pour prendre l’exemple du 4-3-3, on n’a jamais évolué en 4-1-4-1 puisqu’on a toujours demandé à nos attaquants de jouer à l’intérieur. C'était bien un 4-3-3 mais si vous faites décrocher votre sentinelle et que vous faites jouer vos latéraux plus haut, vous vous retrouvez avec un 3-4-3 en bougeant un joueur. Tout dépend de ce qu’on demande aux joueurs et des principes. Je suis plutôt sur des grands principes qui mettent les joueurs dans de bonnes dispositions dans leur environnement proche.


Qu’attendez-vous par exemple d’un 3-4-3 par rapport à un 4-3-3 ? Est-ce un choix en fonction de l’adversaire ?


Ça dépend des positions de l'adversaire, s’il y a une double présence sur la défense, s’il utilise l’interligne, s’il y a une double largeur... Si c’est une équipe qui cherche à repartir de derrière, vos situations de pressing ne sont pas les mêmes et cela signifie que vous ne devez pas engager la même chose à la perte de balle. C’est aussi ce qu’on va demander à nos latéraux. Il faut savoir s'ils vont évoluer uniquement dans leur couloir ou s'ils ont aussi une zone d’évolution possible à l’intérieur et encore une fois, il ne faut pas demander à des joueurs de faire des choses qu’ils ne connaissent ou ne maitrisent pas. C’est un long processus. Quand j’étais au Havre, on était une des rares équipes avec Lens à demander à notre latéral de venir combiner à l’intérieur pour centrer parce que j’avais Ferland Mendy qui a les deux pieds et qui est capable de le faire. Quand j’entrainais au Poirée-sur-Vie, j’avais Vincent Le Goff qui était quasiment notre meneur de jeu parce qu’il avait une qualité de passe très au-dessus de la moyenne et nos schémas s’organisaient quasiment toujours autour de lui. Il faut avoir conscience des qualités de ses joueurs et des endroits où ils se sentent en confiance.


Au Havre, vous avez essayé chaque saison de monter en Ligue 1. Cette saison, vous avez pour mission de maintenir Amiens en Ligue 2. Qu’est-ce que cela change dans votre approche du métier, les discours ou les tactiques que vous mettez en place ?


C’est plutôt sur le discours que quelque chose change. Sur le cœur du métier, c’est la même chose car on prépare les matchs pour les gagner. Il faut créer une entité entre les joueurs pour qu’ils se sentent bien, que ce soit pour monter ou se maintenir. Après ce sont des éléments de langage et les récurrences dans ce qu’on dit aux joueurs pour impacter les joueurs sur l’objectif. C’est plutôt sur les messages et le discours que les choses diffèrent. Quand on joue un maintien, on a plus de chances d’avoir des weekends où on ne gagne pas que quand on joue une montée où on est plutôt en train de gérer des victoires. Par contre quand on joue une montée, chaque défaite crée de l'incertitude. Quand on est dans l’objectif de sauver un club, on sait qu’on est dans la survie donc il faut être dans le positif avec les joueurs pour leur donner l’énergie nécessaire pour aller chercher le maintien.


Vos 3 prochains matchs ont été reportés. Vous allez jouer tous les trois jours jusqu’à la fin de saison avec ces reports. Comment fait-on pour préparer un groupe physiquement à une telle cadence ?


Disons que la difficulté est le nombre de fois où on va jouer tous les trois jours parce que, généralement, on joue une série de matchs tous les trois jours puis on a une pause et on en rejoue trois éventuellement. Là, on a 6 matchs en 18 jours. On sait que les matchs sont ce qui engendre des blessures et un haut niveau de fatigue. Il faut pouvoir s’appuyer sur des joueurs et être très bons dans l’analyse des charges. Mais il faut s’engager dans ce tunnel de matchs avec des joueurs le plus en forme possible et être très bons sur les notions de récupération et de soin, pour que les joueurs puissent retrouver d’un match à l’autre le maximum de leur potentiel athlétique. Personne n’est capable de dire qu’il maitrise 6 matchs en 18 jours. Il y a beaucoup d’impondérable dans les matchs donc il faudra qu’on soit bons sur les signaux et dans les choix pour préserver au maximum les joueurs.

Vous parlez de récupération et de soins. On sait qu’il y a peu de temps pour le travail tactique et technique quand on joue tous les trois jours. Est-il possible de travailler malgré l’enchainement des matchs ?


C’est très difficile avec ce délai de trois jours. Lorsqu’on est le lendemain les joueurs sont en soin, le surlendemain c’est la zone critique où les joueurs sont dans la zone la plus sensible en termes de blessure et, lorsqu’on est à J+2, on est à J-1 du match suivant. Finalement, le temps sur le terrain est réduit au minimum. Je pense que dans ces cas-là l’apport sur l’aspect tactique se fait sur des mises en place arrêtées très courtes et surtout sur de la vidéo.


Vous avez un pied en première partie de tableau mais n’êtes pas encore maintenus. Comment voyez-vous la fin de saison ?


Notre message a toujours été le même. Je rappelle qu’on avait 5 points après 6 journées lorsque j’ai repris l’équipe et que c’était une situation angoissante pour tout le monde au club. Il ne faut pas oublier cette inquiétude du début de saison. Il faut qu’on aille chercher des points, parce qu’il nous en manque, avec comme difficulté supplémentaire l’enchainement de matchs qui nous ne donnera pas les mêmes chances de gagner que les autres. La bonne formule pour arriver dans de bonnes conditions est une semaine d’entrainement avec un match le weekend et on ne sera jamais dans ce schéma. Il faut rester concentré sur notre objectif, aller chercher notre maintien et prendre du plaisir.




Je remercie Oswald Tanchot pour sa disponibilité.

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