Jean-Michel Rouet : "Installer Chambly entre la 7e et 14e place"

#INTERVIEW - Ancien journaliste au journal L'Equipe, Jean-Michel Rouet fait aujourd'hui partie des dirigeants du FC Chambly, 10e de Ligue 2 cette saison. On revient sur la saison des Isariens et sur le mercato futur.


Après la montée historique du club en Ligue 2, ce dernier s'est maintenu cette saison. Quelle a été votre première réaction ?


On termine dixièmes donc on est même presque dans la première partie de tableau. Je pense que personne n'aurait mis un euro là-dessus, sans doute même chez nous. Il faut évidemment pondérer cela car il restait dix matchs alors on n'était pas encore maintenus. On a pris 35 points donc je pense qu'il en restait cinq ou six à prendre. On aurait aimé, comme tout le monde, finir le championnat. Quand je vois qu'on termine devant Caen, Nancy, Sochaux, Auxerre ou même le Paris FC, ça situe bien l'état global de la performance du club surtout qu'on n'a pas joué à domicile. On a joué à Beauvais alors ça restait un terrain neutre pour nous et même si on avait un public assez nombreux, c'était un public qui venait voir des matchs de Ligue 2 plus qu'un public de supporters. Je compare au Red Star de la saison dernière qui, dans les mêmes conditions mais avec un budget relativement supérieur, avait marqué 30 points en 38 matchs. Nous, on en a pris 35 en 28 matchs. Le bilan est forcément satisfaisant, beaucoup de gens avaient des doutes sur notre capacité à assumer ce niveau-là mais on l'a assumé avec un effectif composé de très peu de joueurs qui avaient déjà joué en Ligue 2.

Même si la saison n'est pas allée à son terme, le fait de ne pas avoir à lutter plus que ça avec vos adversaires directs est-il une satisfaction (Chambly termine avec 11 points d'avance sur le barragiste) ?

Oui parce qu'on a eu un très bon départ avec six premiers matchs sans prendre de but, ce qui n'était jamais produit en Ligue 2. Puis on a eu une traversée du désert très éprouvante puisqu'on n'a marqué qu'un point en huit matchs et là, on a connu de vraies contre-performances ; on a été battus par Auxerre (1-4), par Guingamp (1-5)... Je pense qu'on a touché le fond contre Rodez (défaite 2-0) et au Mans (1-0) où on n'avait pas été à la hauteur. Ce furent nos deux pires matchs de la saison parce que nos deux défaites les plus sévères à l'extérieur sont à Nancy et Lens (3-0) contre des équipes plus fortes que nous donc il n'y avait rien à dire. On est tombés une fois à la 18e place et je pense que ça a été le tournant de la saison car en étant à cette place on a gagné à Troyes (0-4), qui était en pleine bourre et qui nous avait peut-être mésestimés. On avait fait le match quasi-parfait et je pense que ça a aussi été un tournant pour Troyes qui, avec une victoire, serait devant Lens.


En début de saison, vous m’aviez dit : « on perdra peut-être sévèrement quelques matchs, c'est possible et on s'y prépare ». Cela a été le cas contre Auxerre ou Guingamp. Ces périodes ont-elles été dures à gérer ?


Oui bien-sûr. Auxerre a été un match très particulier car on n’avait pas pris de but avant ce match. Ils ont marqué les premiers et l'équipe a accusé le coup, on a essayé d'égaliser et Auxerre a marqué trois autres buts en contre. Malgré tout, on n'avait pas été hors-sujet. Le grand mérite du groupe et du staff a été de ne pas paniquer et de conserver leurs valeurs. On a douté, cela a été difficile pendant deux mois car on se demandait si on allait retrouver le chemin de la victoire. Mais le groupe n'a jamais perdu espoir, il est resté soudé et à continuer à travailler. Je retiendrai symboliquement que notre dernière victoire a été chez le champion, à Lorient (1-2). Le coach Pélissier avait dit que c'était le plus mauvais match de son équipe mais je pense aussi qu'on avait un certain talent, notamment sur les derniers mois. Sur les six derniers mois, on défendait bien et on avait repris confiance offensivement, aussi parce qu'on avait récupéré Guillaume Heinry et Joris Correa qui avait été notre meilleur buteur en National. C'est pour ça qu'on a été meilleurs offensivement en seconde partie de saison.

Crédit : Getty Images

Bruno Luzi a failli quitter le club. Sa prolongation a été un soulagement ?


Oui, bien-sûr ! Bruno avait sans doute envie de démontrer un jour qu’il pourrait réussir ailleurs. Il s’est sans doute dit que le moment était peut-être venu de convaincre un autre club après cette 10e place en Ligue 2. Tout le monde au club a tout fait pour le voir rester, notamment - et c’est plutôt rare dans le football - une délégation de joueurs qui s’est rendue chez lui pour lui demander de rester. Il était parti le 1er mai et est revenu le 6, il n’est donc pas parti longtemps (rire).


L’une des forces du club est justement cet esprit familial. Y-a-t-il eu la crainte en interne de perdre cette identité ?


Oui. Fatalement les choses n’auraient plus été exactement les mêmes si le coach était parti. Je pense que Bruno est l’entraîneur parfait pour Chambly. Fulvio (Luzi) a toujours dit que le candidat numéro un serait son frère malgré les nombreuses candidatures. Mais je pense qu'on aurait gardé les mêmes valeurs et que l’atmosphère du club serait restée familiale. On a surpris beaucoup de monde car on a été au niveau sportivement mais aussi parce qu'on est devenu un vrai club professionnel. En termes d’organisation et de structure, on n’a pas du tout à rougir. Tout le monde a parfaitement travaillé pour se mettre au niveau de la Ligue 2.


On a vu le nom de Sven Goran Eriksson circuler cette semaine… cela est-il la preuve que le club fait du bon travail ?


Pour dire la vérité, c’est un agent qui nous l’a proposé car il rêver d’entraîner en France avant la fin de sa carrière. Ce n’est pas Sven Goran Eriksson qui a pris son téléphone pour se porter candidat. Mais il y a également d’autres noms d’entraîneurs reconnus qui ont entraîné en Ligue 1 ou en Ligue 2 donc cela prouve que notre projet intéresse beaucoup de monde. Mais si Bruno nous avait quittés, je ne pense pas que Sven Goran Eriksson aurait été choisi.


Au niveau du recrutement, quels vont être les enjeux de l’été ? Y travaillez-vous déjà ?


Forcément, oui. Le premier objectif était de sécuriser le groupe qui nous a amené là où on est ainsi que les joueurs qui pourraient susciter de l'intérêt ailleurs. Par exemple, on a prolongé Thibault Jaques, qui a été pour moi l'un des meilleurs défenseurs de Ligue 2. Il a dû attendre 32 ans pour découvrir la Ligue 2 et je trouve ça très surprenant, il y a quand même un problème quelque part. Tant mieux pour nous car c’est un des cinq joueurs de champ à avoir joué les 28 matchs cette saison. On a donc un effectif de 18 ou 20 joueurs qu’on va compléter avec 5-6 joueurs plus jeunes car on a l’équipe la plus vieille du championnat avec 28 ans de moyenne d’âge. Il faut qu’on rajeunisse l’effectif donc on a ciblé des joueurs un peu plus jeunes. Cette année, on a mis une cellule de recrutement mais on a surtout été voir beaucoup de matchs de National.


Le fait que Chambly se soit maintenu va-t-il vous permettre d’attirer des joueurs avec un bagage plus important dans le monde professionnel ?


Peut-être. On a du mal pour le moment à évaluer le marché compte tenu de la crise sanitaire. Le football est un peu à l’arrêt donc il y a peu de recrutement. C’est possible qu’on ait des opportunités. On regarde un peu partout et c’est possible de prendre un ou deux joueurs un peu plus réputés même si on n’est pas trop partis dans cette optique-là. On est plutôt partis pour trouver des joueurs qu’on pourra révéler car on a beaucoup de joueurs qui se sont révélés cette année comme Gonzalez, Beaulieu, Flochon ou Eickmayer. On a même révélé un joueur maison, le petit Shaquil Delos, qui a d’ailleurs marqué un but important contre Niort. D’ailleurs on va faire passer professionnel un autre joueur formé au club la saison prochaine. Il s’agit de Bakary Doucouré (20 ans, ndr), le dernier de la famille Doucouré. C’est un défenseur central qui a toujours joué au club et qui était capitaine de notre équipe réserve.


La crise actuelle va-t-elle impacter Chambly et mettre le club en difficulté pour le mercato ?


Elle va impacter tout le monde. Aujourd’hui on n’a pas de visibilité, on ne sait pas quand on va reprendre. Il y a de fortes chances que le championnat reprenne à huis-clos donc il y a beaucoup d’interrogations, notamment sur les partenaires économiques. On a la mesure de notre budget donc tous les joueurs seront payés intégralement jusqu’à fin juin. Evidemment, après il y a une part d’inconnu mais c’est valable pour tout le monde. Avant de faire des prospectives sur la saison prochaine, on attend de voir comme la crise va évoluer.


L’autre interrogation concerne l’arrivée du nouveau stade. Sera-t-il inauguré pour le début de saison prochaine ?


Il y a très peu de chance. Les travaux ont été arrêtés avec le confinement et vont reprendre donc je pense qu’on n’a quasiment aucune chance de reprendre la saison dans le nouveau stade. On y sera en cours de saison, c’est certain. Mais dire si ce sera en septembre, en octobre ou en novembre, je n’en sais rien. On a toujours la possibilité du repli vers Beauvais. Cela s’est bien passé cette saison donc je pense que si on ne commence pas la saison à Chambly, ce sera à Beauvais.


Quels seront les objectifs de Chambly la saison prochaine ?


On dit toujours que la deuxième saison est plus difficile alors je suis méfiant. On n’a pas de marge. Quand je vois que les deux derniers sont Orléans, qui avait fait une très belle saison précédente et qui avait des moyens supérieurs à nous, et Le Mans qui sur le papier avait la plus belle équipe des trois promus, je me dis qu'il faut rester humble. C'est un championnat très difficile. Dans l'absolu, on essaiera de faire mieux mais faire ce ne sera pas évident surtout quand on voit les équipes derrière nous. Mais ça a toujours été dans la nature de Chambly de chercher à progresser tous les ans alors ce serait bien de s'installer comme une bonne équipe de Ligue 2, entre la 7e et la 14e place. On aura encore l'un des plus petits budgets donc on ne fera pas les fiers. Pour que Chambly soit performant, il doit développer constamment ses qualités propres à 120% à savoir un état d'esprit de sérieux et de professionnalisme. C'est ce qui nous a sauvés cette année. Ce sera un nouveau challenge d'installer le club à ce niveau-là.

Je remercie Jean-Michel pour sa gentillesse et sa disponibilité.

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